Fondation et innovation

Montrer l’exemple

Images: Dan Cermak
Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn Partager sur Xing Partager par e-mail

Élève modèle en matière de recyclage, la Suisse a encore bien du chemin à parcourir dans le domaine de l’économie circulaire. Pourtant, voici l’exemple de trois entreprises pionnières qui, avec une bonne dose de clairvoyance et un concept commercial novateur, ont su passer avec brio d’un modèle économique linéaire à un écosystème circulaire.

  • Teaser Image
    Mon entreprise

    Texte original publié dans «Mon Enterprise», le magazine PME d’AXA.

    EDITION ACTUELLE

Cette année, le Jour du dépassement de la Terre, ou Earth Overshoot Day, arrivera le 27 juillet: l’humanité aura alors consommé toutes les ressources que la planète peut régénérer en un an. Passé cette date, nous vivrons à crédit. Alors que le Jour du dépassement tombait encore en décembre en 1961, il ne cesse d’avancer ces dernières années. Et la tendance n’est pas près de s’inverser. «L’accélération du réchauffement climatique, conjuguée à un épuisement des ressources inédit dans l’Histoire et à la destruction massive d’écosystèmes entiers, a des  conséquences dévastatrices sur notre environnement. Il est grand temps d’agir.» L’avertissement de Karolin Frankenberger, responsable du centre de compétences dédié à l’économie circulaire à l’université de Saint-Gall, est on ne peut plus clair. Car si la Suisse est la championne du monde du recyclage, les apparences sont trompeuses: «Nos compatriotes produisent toujours deux kilos de déchets ménagers par personne et par jour!» Certes, nous trions consciencieusement le PET, l’aluminium, le verre et les déchets organiques, mais nous avons encore des progrès à faire en matière de valorisation et de réduction des déchets. Les chiffres sont éloquents: en Suisse, le Jour du dépassement tombe cette année dès le 13 mai, ce qui place notre pays parmi les lanternes rouges du classement mondial.

Aux entreprises d’imprimer le mouvement

Karolin Frankenberger, qui planche depuis des années sur le sujet, ne voit qu’une seule solution pour mettre fin à cette gabegie: l’économie circulaire. «En opérant dans un écosystème circulaire, les entreprises peuvent répondre de manière innovante à l’évolution des problématiques écologiques. Elles doivent se saisir de nouveaux enjeux sociopolitiques et environnementaux pour créer des modèles capables de produire durablement de la valeur tout en économisant les ressources.» Reste que bon nombre d’entre elles hésitent à franchir le pas, comme le montre une étude récente de notre experte: «La plupart restent prisonnières d’une logique purement économique et réfléchissent à court terme.  D’autres n’ont tout simplement pas les moyens financiers, les connaissances ou les ressources en personnel.» Conséquence: moins de 10% des ressources primaires sont actuellement réinjectées dans le circuit, une goutte d’eau dans l’océan. Karolin Frankenberger est catégorique: «Nous devons opérer une véritable révolution copernicienne.» 

Tom Adler, CEO de LocalFish, sait ce qui est bon pour les poissons.

Une solution locale à un problème mondial

Tom Adler, lui, a mis les bouchées doubles en matière d’économie circulaire. À la tête de son entreprise, LocalFish, il pratique avec ses cinq collègues l’aquaculture indoor, dans des fermes situées à Rafz, à Bischofszell et à Lyss. L’objectif: proposer, sur le marché régional, du poisson produit selon des méthodes durables, sans métaux lourds ni microplastiques, et offrir ainsi une réponse locale à un problème mondial. «97% des poissons vendus sur nos étals sont importés de l’autre bout du monde. La plupart sont élevés dans des conditions catastrophiques et bourrés d’antibiotiques. LocalFish relocalise le poisson en Suisse et garantit des produits sains, durables et pleins de goût.» Pour ce faire, l’entreprise couvre l’ensemble de la chaîne de création de valeur: de la construction des installations à l’emballage, en passant par  l’élevage des alevins, tout se fait sur place. Avec une grande économie de ressources: 99,5% de l’eau est traitée et circule en circuit fermé, l’électricité provient de l’installation photovoltaïque de l’entreprise, et même la nourriture est produite localement, sans adjonction de farine de poisson. Les déchets issus de la préparation des filets sont transformés en aliments pour animaux et vendus en magasin, et les  déjections des poissons sont filtrées pour servir d’engrais aux exploitations environnantes. «Nous ne voulions pas seulement atteindre la  neutralité carbone. L’idée était d’aller encore plus loin en utilisant et en valorisant l’ensemble des sous-produits», explique ce  pisciculteur visionnaire. LocalFish s’est donc dotée d’un écosystème maison, par ailleurs extrêmement évolutif. «Notre modularité nous permet de produire plusieurs variétés de poissons dans la région, avec une empreinte écologique minime et sans rejets polluants. Beaucoup se prétendent durables. Nous, nous le sommes vraiment!», ironise cet ancien informaticien de 44 ans.

Bien sûr, le poisson vendu par LocalFish est un brin plus cher qu’à l’importation. En contrepartie, les consommateurs en connaissent la provenance exacte. «La demande en aliments de qualité traçables de A à Z est plus forte que jamais. C’est dire si notre offre arrive à point nommé sur le marché.» Un constat que partage Karolin Frankenberger: «L’économie circulaire suscite un intérêt croissant tant chez les consommateurs que du côté des entreprises. Les clients, soucieux de contribuer à un avenir plus durable, n’hésitent plus à remettre en question leurs habitudes de consommation. Dans le même temps, nous voyons affluer quantité de demandes d’entreprises désireuses de faire  voluer leur modèle d’affaires vers un écosystème circulaire. Une préoccupation transsectorielle, qui touche aussi bien la start-up naissante que la société familiale implantée depuis des générations.»

Entrepreneur engagé, Patrick Eberhard se sent investi d’une mission: contribuer à l’éclosion du monde de demain.

Pionnière de l’économie circulaire

Parmi les précurseurs de ce modèle économique figure Eberhard Bau, à Kloten, une entreprise dirigée par la même famille depuis trois  générations et plus de 60 ans déjà, spécialisée dans les travaux publics, les matériaux de construction, le démantèlement et l’assainissement de sites pollués. Bien que fortement ancrée dans la tradition, elle s’est engagée voici trois décennies dans la voie de l’économie circulaire avec une conviction à nulle autre pareille. «Sur les quelque 80 millions de tonnes de déchets produits chaque année en Suisse, 15 millions sont des gravats, dont la moitié provient de la démolition de bâtiments. Nous emparer, en tant qu’acteur du secteur, de cet épineux dossier et chercher des moyens d’action plus écoresponsables tombait sous le sens», déclare son directeur, Patrick Eberhard.

Cette prise de conscience écologique s’est opérée dès les années 1980, lors de l’entrée en vigueur d’une nouvelle ordonnance sur les déchets interdisant toute décharge de matériaux contaminés. Tandis que d’autres entreprises dénonçaient ce durcissement réglementaire, Eberhard a saisi l’occasion de ce virage écologique pour construire la plus grande station de lavage des sols d’Europe et s’ouvrir ainsi un nouveau domaine d’activité. Au fil des ans, d’autres installations ont vu le jour, ayant toutes pour vocation de retraiter les déchets issus de la déconstruction et de les remettre en circulation sous forme de matériaux de construction vertueux. Avec la mise en service de son centre de traitement des déchets de construction et sa propre production de béton pour les matières premières dites secondaires, Eberhard est désormais en mesure de couvrir l’intégralité de la chaîne de création de valeur et de fonctionner en circuit fermé au sein de son propre écosystème circulaire. Interrogé sur la vitalité de son entreprise, Patrick Eberhard répond: «Un modèle commercial aujourd’hui couronné de succès peut très bien ne plus fonctionner demain. Tout chef d’entreprise se doit de prendre les difficultés à bras-le-corps, sans attendre que d’autres les résolvent à sa place.»

Un point de vue partagé par Karolin Frankenberger: «Les PME ont raison de se saisir des questions d’environnement et d’économie circulaire pour s’interroger sur la transformation de leurs processus opérationnels et autres modèles commerciaux. Actuellement, l’entrepreneuriat durable est encore le gage d’un avantage concurrentiel stratégique et d’un formidable potentiel de développement. Mais les entreprises qui manqueront le coche et devront se plier après coup à la réglementation seront les grandes perdantes.»

Un sac sur la tête, mais les idées bien en place: Valentin Fisler, 36 ans, CEO de Mr. Green, en connaît un rayon sur le recyclage des déchets.

De la corvée de verre à l’idée novatrice

Ce n’est pas la recherche de l’avantage concurrentiel qui a inspiré à Valentin Fisler son idée d’entreprise, mais plutôt des considérations écoresponsables. C’était en 2009. Dans la colocation qu’il partageait avec trois autres étudiants, les bouteilles en verre et les canettes s’entassaient sur le balcon. Un phénomène alors répandu, si l’on en jugeait par l’état des balcons alentour. «C’est ainsi qu’a germé l’idée de proposer un abonnement à tous ceux qui n’avaient pas le temps de trier leurs déchets», explique-t-il. À peine trois mois plus tard, les quatre amis fondaient Mr. Green... avant de déchanter quelque peu. «Tout le monde trouvait notre concept génial, mais personne n’entendait  payer pour ce service», se souvient son actuel CEO. Loin de se décourager, les fondateurs de Mr. Green ont repensé et affiné leur modèle commercial. «Nous sommes convaincus que notre société doit changer de mode de vie et ménager les ressources naturelles afin de préserver l’avenir des générations futures», souligne Valentin Fisler. La persévérance a fini par payer, et Mr. Green s’enorgueillit aujourd’hui de quelque 10 000 clients, ménages et entreprises confondus. Ses prestations de recyclage ne sont pas pour autant un luxe destiné à décharger les plus fainéants de la corvée des poubelles: «D’abord, parce qu’on peut recycler chez nous les briques en carton, les bouchons en liège et les sacs en plastique qui, sinon, finiraient à la poubelle. Ensuite parce que Mr. Green a aussi une vocation sociale: le ramassage et le tri des matériaux recyclables sont essentiellement assurés par des organismes locaux qui emploient des personnes en situation de handicap ou au parcours de vie chaotique.»

Des concepts de recyclages sur mesure

Obéissant au triple principe «réduire, réutiliser, recycler», Mr. Green a élargi sa gamme de prestations. C’est ainsi que l’entreprise a développé sa propre boutique en ligne, qui propose près de 400 objets domestiques à la fois éco- et climato-compatibles. Mr. Green est en outre la toute première à proposer, depuis août 2022, le recyclage du plastique. «Pour l’heure, seules les bouteilles courantes en PET et PE sont recyclables en magasin, les autres plastiques atterrissent dans le sac poubelle. Or 65% des déchets plastiques mélangés pourraient être triés et recyclés par matière. Autant dire que nous montrons l’exemple!» Sans compter que Mr. Green offre depuis peu aux entreprises une prestation non dénuée d’intérêt: «Les sociétés de plus de 100 employés ne peuvent pas se passer de méthodes de recyclage sur mesure. De l’analyse des déchets à l’élaboration et à la mise en oeuvre du concept de recyclage, Mr. Green Enterprise offre des solutions complètes et parfaitement calibrées. Pour le bien des entreprises comme de l’environnement», conclut Valentin Fisler avec un sourire.

Les entreprises

Fondée en 2020 par six camarades, LocalFish SA a pour ambition de produire du poisson sain et local. Grâce à ses installations en circuit fermé situées à Rafz, à Bischofszell et à Lyss, tous les maillons de la chaîne de création de valeur sont localisés en Suisse, de l’élevage à la commercialisation. De quoi faire de l’entreprise une pionnière de l’aquaculture durable. LocalFish emploie aujourd’hui une vingtaine de personnes.

Fondés en 1954 par deux frères, Heiri et Ruedi Eberhard, les établissements Eberhard sont aujourd’hui dirigés par la troisième génération: Patrick Eberhard, son frère et leur cousin. Située à Kloten, l’entreprise offre des services précurseurs dans le domaine des travaux publics, du démantèlement, du recyclage de matériaux de construction et de la réhabilitation de sites. Elle n’emploie pas moins de 600 personnes réparties sur onze sites.

Avec une bonne dose d’humour et la conviction que le recyclage pouvait être simplifié, quatre étudiants ont fondé en 2010 Mr. Green, un prestataire de services de recyclage qui emploie aujourd’hui dix personnes. Après le recyclage par abonnement, l’entreprise a créé une boutique web de produits domestiques durables, puis une offre spéciale pour les entreprises de plus de 100 employés: de l’analyse des déchets au recyclage intégral, Mr. Green Enterprise s’occupe de tout.

L'experte

Karolin Frankenberger enseigne le management stratégique et l’innovation à l’université de Saint-Gall, où elle dirige un centre de compétences sur l’économie circulaire. Ses recherches, plusieurs fois primées, se focalisent sur les modèles d’entreprise innovants, les modèles d’activité circulaires et les écosystèmes d’innovation.

Articles apparentés

AXA et vous

Contact Déclarer sinistre Postes à pourvoir Médias Courtiers myAXA Login Commentaires de clients Portail des garagistes S'abonner à la newsletter myAXA FAQ

AXA dans le monde

AXA dans le monde

Rester en contact

DE FR IT EN Conditions d’utilisation Protection des données / Cookie Policy © {YEAR} AXA Assurances SA

Nous utilisons des cookies et des outils d’analyse en vue d’améliorer votre expérience d’utilisateur, pour vous présenter des publicités personnalisées d’AXA et de ses entreprises publicitaires partenaires, et pour activer les fonctions de médias sociaux. Si vous utilisez Internet Explorer 11, vous ne pouvez pas modifier les paramètres des cookies dans notre Centre de préférence des cookies. Pour modifier les paramètres, veuillez utiliser un navigateur plus récent. En consultant notre site Internet au moyen de ce navigateur, vous acceptez l’utilisation de cookies. Protection des données / Cookie Policy