Trend

Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn Partager sur Xing Partager par e-mail

La Suisse se classe parmi les mauvais élèves en matière d’empreinte écologique: la population helvétique prend, en moyenne, trois fois plus souvent l’avion que les citoyens européens, conduit les voitures les plus lourdes de toute l’Europe et fait partie des plus grands producteurs de déchets au monde, déplorait le WWF Suisse dans un communiqué de presse de WWF de juillet 2019. Rien d’étonnant dès lors à ce que la Journée du dépassement de la Terre ait déjà lieu le 8 mai cette année en Suisse.

À cette date, les Suisses auront utilisé toutes les ressources naturelles dont ils disposent pour l’année 2020, compte tenu des capacités de régénération de la planète,
et vivront donc aux dépens des générations futures. 
Le calcul de cette Journée suisse du dépassement de la Terre repose sur l’empreinte écologique, concept créé en 1991 par le scientifique suisse Mathis Wackernagel et son collègue William Rees. 

Nous avons interviewé Mathis Wackernagel afin d’en savoir plus sur l’empreinte écologique.

Monsieur Wackernagel, comment expliqueriez-vous la notion d’empreinte écologique à quelqu’un qui n’en aurait jamais entendu parler? 

Nous utilisons la nature pour notre alimentation, pour le bois, pour l’absorption des gaz à effet de serre et pour nos villes et nos routes, que nous construisons sur les écosystèmes les plus productifs. Notre empreinte écologique correspond à la somme de toutes ces surfaces nécessaires pour produire nos ressources et assimiler nos déchets. Elle est ensuite mise en regard de la surface par habitant dont nous disposons au niveau national ou mondial. 

L’empreinte écologique constitue, à l’échelle internationale, la mesure la plus reconnue pour calculer et comparer la consommation de ressources naturelles des individus ou des pays. 

Ceux qui ignorent encore que nous consommons plus que ce que la planète nous donne sont rares: même le Pape cite nos chiffres. La population suisse a eu à se prononcer en mai 2017, par la voie des urnes, sur la révision de la loi sur l’énergie et a pu décider si elle souhaitait, d’ici à 2050, vivre de manière à ne plus consommer que les ressources d’une planète, et non de trois comme aujourd’hui. Hélas, trop de gens n’y voient encore qu’un noble objectif, alors qu’il s’agit d’un objectif nécessaire. Au même titre que se brosser les dents est nécessaire, et non noble.

La Suisse a actuellement besoin des ressources de trois planètes.

Nombre de planètes consommées par habitant en Suisse, en moyenne

Peut-on aussi calculer l’empreinte écologique des entreprises? 

Oui, bien sûr, il est aussi possible de calculer la consommation de matériaux des entreprises. Mais il est plus intéressant de se poser la question suivante: les produits ou services d’une entreprise aident-ils l’humanité à avoir un mode de vie respectueux de la capacité de régénération de notre planète? Si oui, cette entreprise est bien armée pour l’avenir et trouvera un marché en croissance. Si non, elle devra certainement affronter des vents contraires. Nous avons développé ce principe fondamental de la stratégie d’entreprise avec Schneider Electric, l’un de nos partenaires.

C’est sur la base de l’empreinte écologique qu’est déterminée chaque année la date du Jour du dépassement de la Terre au niveau mondial. L’an dernier, il avait eu lieu le 29 juillet. Avez-vous un pronostic à nous livrer pour 2020? 

Nous sommes en train d’analyser les dernières données. Jusqu’en 2016, nous disposons de données fiables de l’ONU, mais pour les années suivantes, nous travaillons avec des estimations. COVID-19 oblige, le comportement de la population mondiale s’est considérablement modifié. La date du Jour du dépassement de la Terre sera annoncée le 5 juin prochain à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement. Nous savons d’ores et déjà que la COVID-19 a mis un frein à la consommation. Ce phénomène n’étant toutefois pas le résultat d’un changement structurel, son effet positif sur l’empreinte écologique n’est pas appelé à durer. La crise économique qui se dessine et la baisse des cours du pétrole risque même de retarder le nécessaire processus de décarbonisation.

  • Teaser Image
    Mathis Wackernagel

    Le scientifique suisse Mathis Wackernagel a été à l’origine en 1991, avec son collègue William Rees, du concept d’empreinte écologique. En 2003, il a fondé à Oakland (Californie) le laboratoire d’idées international Global Footprint Network, qu’il préside et au sein duquel il continue à mener des recherches.

    Pour en savoir plus sur le Global Footprint Network

Y a-t-il des pays qui parviennent à réduire leur empreinte écologique et à repousser leur jour de dépassement? Si oui: qu’ont-ils à apprendre à la Suisse?

L’Écosse mène une politique de décarbonisation très volontariste. Elle y voit une nécessité économique. En Suisse aussi, on observe une lente diminution de l’empreinte écologique. La «Société à 2000 Watts», ancrée dans la loi au niveau de la ville de Zurich, est une idée dont il serait bon de s’inspirer. La mise en œuvre est néanmoins quelque peu laborieuse.

Pouvons-nous nous permettre de ne pas nous préparer à l’avenir qui se dessine?

Mathis Wackernagel

Quelles sont les actions à la portée de chaque individu, de chaque entreprise, pour réduire l’empreinte écologique? 

Arrêtez de dire «il faudrait faire ceci ou cela», car cette formulation ne fait que souligner que cela n’arrivera jamais. Pour exprimer une réelle volonté, dites plutôt «je veux», par exemple «Je veux vivre dans une ville sans voitures». Au lieu de «il serait bien de», affirmez «je m’engage à». Et posez-vous cette question: pouvons-nous nous permettre de ne pas nous préparer à l’avenir qui se dessine? 

Une question personnelle pour finir: vous êtes l’un des cinq membres suisses du célèbre «Club de Rome», un groupe de réflexion basé à Winterthur qui réunit 100 scientifiques internationaux préoccupés par le développement durable. Quels sont vos objectifs au sein de ce club?

L’idée qui m’anime est la recherche de moyens qui nous permettent à tous de mener des vies heureuses en respectant les limites de notre seule et unique planète. Cette idée n’a rien de radical. Et elle est réalisable, si nous prenons des décisions cohérentes avec l’avenir que nous désirons.

Articles apparentés

AXA et vous

Contact Déclarer sinistre Postes à pourvoir Médias Courtiers myAXA Commentaires de clients Portail des garagistes S'abonner à la newsletter

AXA dans le monde

AXA dans le monde

Rester en contact

DE FR IT EN Conditions d’utilisation Protection des données © {YEAR} AXA Assurances SA

Nous utilisons des cookies et des outils d'analyse pour améliorer la convivialité du site Internet et personnaliser la publicité d'AXA et des partenaires publicitaires. Plus d'infos: Protection des données